Transport & vous 20 avril 2026

« La Semitan est une maison formidable »

Après 18 ans à la tête de la Semitan, Pascal Bolo s’apprête à passer le relais. Découvrez un entretien exclusif où il dresse le bilan de sa présidence : entre innovation, enjeux de mobilité et défis nantais.

Après 18 ans à la tête de la Semitan, Pascal Bolo s’apprête à passer le relais. Entre innovations, arbitrages politiques et réalités du terrain, l’homme de convictions, connu pour son franc-parler, revient sur son parcours. Un témoignage empreint de reconnaissance pour cette « formidable maison » et ceux qui la font vivre au quotidien…

Dans quel contexte avez-vous pris la présidence de la Semitan, il y a 18 ans ?

C’était en 2008, au début du quatrième mandat de Jean-Marc Ayrault. J’étais son collaborateur depuis dix ans quand il m’a proposé cette présidence. Ce n’était pas prévu, mais j'ai accepté avec confiance. Mon expérience de directeur de cabinet m'avait permis d'acquérir une solide culture de la mobilité. N’oublions pas qu’à Nantes, l’histoire des transports est intimement liée à celle de l’agglomération.

Quel est, selon vous, le rôle d'un président ?

C’est un rôle compliqué à décrire, car il y a autant de présidents que de contextes. Alors je préfère dire ce qu’il n’est pas : le président n’est pas un technicien. Je ne conduis pas de bus, je ne répare pas de matériel roulant, je ne graphique pas de ligne... Mon rôle est de porter les intérêts et de valoriser l’entreprise vis-à-vis de l’extérieur. J'ai aussi un rôle d'arbitrage, j’ai par exemple tranché sur la couleur des nouvelles rames de tramway ! Mon devoir est de mettre en lumière l'entreprise sans jamais me substituer au directeur général. Un bon président sait rester à sa place, c’est la règle d’or que je me suis fixée !

Quelles réalisations ont marqué votre présidence ?

La Semitan est reconnue au niveau national pour sa capacité d’innovation. Les exemples sont légion. Je pense à la « traversée oblique » de la Haluchère, un croisement inédit entre une ligne de tramway et une ligne SNCF, particulièrement technique. Je me souviens aussi d'un prix saluant l’expertise de nos mécaniciens : ils avaient identifié une pièce montée à l'envers sur un modèle de bus et fait remonter l'anomalie au constructeur. En termes d’innovation, il y a bien sûr le lancement en 2019 des bus 100% électrique de grande capacité, les e-Busway de 24 mètres, une première mondiale ! Et plus récemment, l’arrivée des nouvelles rames Citadis. Mais ma plus grande fierté est notre capacité de conception. La Semitan a cette particularité de concevoir elle-même les équipements qu'elle exploite. En termes d'efficacité et de qualité, c'est un atout extraordinaire. Enfin, nous avons été la première agglomération à réintroduire le tramway dans les années 80 et cela nous confère, encore aujourd'hui, une aura toute particulière.

Quel a été le plus grand défi ou la crise la plus marquante ?

Au-delà des crises de gestion, ce sont les accidents mortels et les drames humains qui marquent à vie. Dans ces moments-là, la fonction de président prend toute sa dimension : il faut être présent sur le terrain, aux côtés des familles et des agents. Ce n’est pas de la communication, c’est du soutien pur.

Comment la Semitan négocie-t-elle le virage de la transition énergétique ?

Le véritable défi, c'est le choix de l’énergie car il nous engage sur toute la durée de vie des véhicules. Or, à Nantes, nous faisons circuler nos bus près de cinq ans de plus que la moyenne nationale. C’est là que notre capacité d’innovation et notre maintenance prédictive, particulièrement performante, font la différence. Le choix du gaz pour l’ensemble de la flotte a été, pendant des années, un pari fort et pertinent. Aujourd’hui, nous opérons le virage du « tout électrique » avec sérénité. Nous disposons en effet d’une expertise historique sur les infrastructures électriques grâce au tramway.

Avez-vous une anecdote ou une rencontre à raconter ?

Je pense à l’exposition du photographe Allan Touchais, « L’inconnu du tramway ». Il a parcouru nos rames pour tirer le portrait de voyageurs anonymes. Son travail illustre parfaitement ce que nous défendons : les transports sont avant tout des lieux de vie et de rencontres.

Quel conseil laisseriez-vous à votre successeur ?

Aucun. Il faut savoir partir pour laisser la place à une nouvelle énergie.

Quelle trace pensez-vous avoir laissée ?

C’est aux autres de le dire. Je pars avec le sentiment d'avoir profondément aimé cette entreprise. Quand Jean-Marc Ayrault m'a confié les clés il y a 18 ans, je n'imaginais pas à quel point c'était un cadeau.

Mis à jour le 20 avril 2026